mardi 29 août 2017

Crise migratoire: Niger et Tchad Hotspots pour demandeurs d'asile ou Quand le filet totalitaire se referme sur ses victimes avec l'aide de l'OFPRA

« Examiner » les demandes d’asile des migrants dès le Tchad et le Niger...C'est en effet comme offrir ou retourner avec l'aide de l'OFPRA les opposants et victimes des dictateurs à leurs principaux bourreaux. 

Car la solidarité entre despotes africains, notamment francophones, transformera naturellement le Tchad puis Niger en parfait filet pour appréhender les victimes des persécutions des différentes tyrannies de la sous région.

Et peut-être même ne franchiront-elles pas les portes des "hotspots", puisque les bidasses de Déby et Issouffou auront avant faciliter la tâche à l'OFPRA. 

Triste triomphe du cynisme politique sur les conventions internationales relatives à la protections des réfugiés! 

J'aimerais évidemment me tromper.

Joel Didier Engo

Crise migratoire : les "hotspots" en quatre réponses

 

En réunissant à Paris dirigeants européens et africains, Emmanuel Macron persiste dans sa volonté de créer des centres de transit en Afrique. Le point en quatre questions.

Par (avec AFP)

Publié le | Le Point Afrique



Le mini-sommet de chefs d'État et de gouvernement africains et européens tenu ce lundi à l'Élysée devrait déboucher sur une nouvelle feuille de route sur la question des migrations, sujet jugé prioritaire en cette rentrée par Paris, Madrid, Berlin et Rome. Mais comment dissuader les migrants de tenter la mortelle traversée de la Méditerranée ? L'une des solutions qui dominent les discussions figure les centres de transit et de la sécurisation des frontières. Voici pourquoi en quatre réponses.

Qu'est-ce qu'un « hotspot » ?
 
Fin juillet, Emmanuel Macron a évoqué la possibilité d'ouvrir des hotspots en Libye, une idée qui a fait bondir les ONG, rapidement écartée par l'Élysée. Les hotspots, stricto sensu, désignent les centres d'enregistrement et d'identification des migrants en Grèce (5 sur les îles, hébergeant entre 8 000 et 10 000 personnes) et en Italie (4 centres).

C'est un dispositif européen inventé en 2015 avec la crise migratoire, pour prendre les empreintes des arrivants, repérer ceux qui ont droit à l'asile (en les distinguant des migrants économiques) et les répartir en Europe dans le cadre de la « relocalisation ». Mais depuis l'accord UE-Turquie sur le renvoi des réfugiés de 2016, aucun migrant n'a quitté les hotspots des îles grecques.

Peut-on transposer ces centres en Libye?
 
La situation sécuritaire du pays, livré au chaos, rend l'idée difficile. « Pas possible aujourd'hui », reconnaît-on à l'Élysée. « Ce pays n'a aucune culture de l'asile », insiste Jean-Guy Vataux, chef de mission en Libye pour MSF.

En Libye, entre 7 000 et 8 000 migrants sont détenus dans une vingtaine de centres « officiels », mais les conditions de vie y sont, selon les ONG, déplorables. De plus, un nombre indéterminé de centres officieux (hangars, maisons...) sont exploités par des milices et nul ne sait ce qui s'y passe. Paris veut donc « traiter le problème en amont », c'est-à-dire au Niger et au Tchad, avant la Libye et la périlleuse traversée de la Méditerranée.

On parle côté français de « centres d'orientation », « pas de hotspots » dans ces deux pays, où une mission française a été envoyée début août. Le Tchad compte 400 000 réfugiés et 100 000 personnes déplacées, le Niger compte deux types de camps : ceux gérés par le HCR pour les Nigériens principalement, et ceux de l'OIM pour les migrants gagnant la Libye.

Quelle forme pour ces centres de transit ?
 
Un mécanisme rodé pourrait servir de canevas : celui de la « réinstallation » mis en place depuis 2015 au Liban (où un million de Syriens sont enregistrés), mais aussi en Turquie et en Jordanie (où deux camps accueillent 45 000 et 85 000 personnes).

Dans ces camps du HCR ou de l'OIM, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides entend des migrants sélectionnés avant de les transférer en France où l'asile leur est accordé rapidement. Quelque 5 500 personnes ont bénéficié de ce mécanisme au Liban, en Turquie et en Jordanie au cours des deux dernières années. « Il s'agit de délocaliser l'instruction des dossiers », assure-t-on à la présidence française, en promettant que « ça va se mettre en place très vite ». En 2016, un total de 85 000 demandes ont été enregistrées en France et quelque 36 000 personnes ont obtenu l'asile, selon les chiffres officiels.

De source nigérienne, on assure que « ce n'est pas nouveau ». « Ces centres de transit existent déjà et nous travaillons avec le Haut-Commissariat aux réfugiés et l'Organisation internationale des migrations. » L'UE a versé en juillet une aide de 10 millions d'euros au Niger pour lutter contre l'immigration clandestine, premier décaissement d'un programme décidé en 2016.

Peut-on bloquer la frontière sud de la Libye?
 
Cela nécessiterait des investissements colossaux, chiffrés par Khalifa Haftar, l'homme fort de l'Est libyen, à 20 milliards de dollars sur 20 à 25 ans. À titre de comparaison, l'UE avait mis 1,8 milliard d'euros sur la table pour le développement de l'Afrique lors de son sommet sur les migrations de 2015 à La Valette (Malte).

Mais l'Europe est bien consciente du rôle stratégique de la Libye, devenue la principale voie de migration en Méditerranée depuis que la route passant par la Grèce et la Turquie s'est tarie : près de 100 000 personnes sont arrivées en Italie depuis le début de l'année (2 400 auraient péri) et côté français on surveille de près la hausse des francophones (Ivoiriens, Guinéens...) parmi ces migrants.

Pour fermer cette route, l'UE a formé une centaine de garde-côtes libyens cet hiver, l'Italie leur a fourni des vedettes pour patrouiller dans l'idée de renvoyer les migrants en Libye, où se pose alors la délicate question des droits de l'homme.

D'autant que Tripoli pose ses conditions, en réclamant, pour équiper ses garde-côtes et gardes-frontière, un soutien européen à la levée de l'embargo sur les armes imposé en 2011 par l'ONU.

mercredi 9 août 2017

Navire antimigrants « C-Star » : pourquoi sa mission est illégale?

Le navire de Génération identitaire qui prétend vouloir mettre un terme au trafic d’êtres humains en Méditerranée est à l’arrêt au large des côtes tunisiennes.

LE MONDE | | Par
Le « C-Star », navire antimigrants du groupuscule d’extrême droite Génération identitaire. 
 
Au large des côtes tunisiennes, le C-Star, navire antimigrants du groupuscule d’extrême droite Génération identitaire, est à l’arrêt depuis le lundi 7 août. Et pourrait bien le rester. Venu se ravitailler dans le port de Zarzis, l’équipage s’est vu refuser l’accostage par des marins locaux, répondant à l’appel du puissant syndicat l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) lancé sur Facebook : « A tous les agents et employés des ports tunisiens : ne laissez pas le bateau du racisme C-Star souiller les ports de Tunisie. »

L’opération maritime, démarrée début juillet, a pour but officiel de « contrecarrer les bateaux des ONG qui agissent à l’unisson avec les trafiquants d’êtres humains », selon Génération identitaire. Dans les faits, l’équipage, motivé par un racisme à peine voilé, n’a cessé d’aller de déconvenue en déconvenue. Le 1er août, Clément Galant, responsable français de l’opération, exposait dans une courte vidéo les objectifs de la mission, assurant face caméra : « Tout ce que nous faisons est légal. » Problème : ce n’est pas le cas. A l’aide du droit international et de l’association Human Rights at Sea, Les Décodeurs se sont penchés sur cette mission inutile, voire illégale.

Les prétendus liens entre ONG et passeurs

Le principal argument avancé pour justifier l’opération est la lutte contre le trafic d’êtres humains. Ils accusent les ONG telles que SOS Méditerranée, Sea Watch ou encore Proactiva Open de « travailler de concert » avec les passeurs libyens et espèrent intercepter des communications en ce sens. C’est d’ailleurs ce qui a motivé ce week-end la manœuvre dangereuse du C-Star à proximité de l’Aquarius, bateau affrété par SOS Méditerranée pour les sauvetages en mer.
  • Pourquoi c’est voué à l’échec
Les ONG œuvrant en Méditerranée pour venir en aide aux migrants sont très encadrées. Les navires n’interviennent qu’après demande explicite du centre de coordination de sauvetage en mer (MRCC) de Rome, qui coordonne toutes les missions de secours dans la zone. Mais le contrôle ne s’arrête pas là puisque les associations se doivent de rendre des comptes à cinq autres administrations lors de chaque opération de sauvetage : à l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes Frontex (pour les informations liées aux embarcations), au ministère de l’intérieur italien (pour préparer l’accueil des migrants dans les centres en Italie, à qui est envoyée la liste des rescapés avec âge, nationalité, femmes enceintes, blessés, mineurs non-accompagnés, etc.), au ministère de la santé italien (pour les blessés), à l’armateur du navire (dont le commandant est le représentant légal à bord), et à l’Etat auquel est rattaché le pavillon dès que le navire est impliqué dans une opération « anormale » comme un sauvetage ou un accrochage avec une autre embarcation. Toutes les opérations et communications sont étroitement surveillées par le MRCC, ne laissant que peu de place à des activités illégales.

En décembre 2016, le Financial Times révélait l’existence d’un rapport confidentiel de Frontex dans lequel l’organisation exprimait ses réserves quant aux activités des ONG dans la région, créant, selon elle, un « appel d’air ». D’après le journaliste britannique, l’agence européenne allait même jusqu’à accuser les associations de donner aux passeurs des « indications claires avant le départ sur des directions précises dans le but d’atteindre les bateaux des ONG ». Cet article a conduit la justice italienne à ouvrir une enquête en avril.

Un mois plus tard, le verdict tombe : le procureur de Catane (Sicile), saisi dans cette affaire, a déclaré ne détenir aucune preuve tangible pour étayer ces propos. Par ailleurs, en février, les associations ont spontanément rédigé un code de conduite à respecter lors des missions de sauvetage en mer, consacrant « l’humanité », « l’impartialité », la « transparence », la « neutralité » et « l’indépendance » comme valeurs principales de leur action.

Quant à la question de « l’appel d’air », un rapport datant de 2014, édité par Amnesty International, démontre que l’arrêt de la mission Mare Nostrum, à l’époque, n’avait eu aucun effet sur le nombre de migrants voulant rejoindre l’Europe. Bien au contraire : il a même augmenté, infirmant alors « le mythe selon lequel Mare Nostrum a agi comme un “facteur d’appel” ». Seul constat alors : le nombre de morts parmi les migrants était alors passé de un sur cinquante à un sur vingt-trois lors des trois premiers mois de 2015.
  • Pourquoi c’est illégal
Dans l’espoir de faire éclater au grand jour un supposé trafic d’êtres humains coordonné par les ONG, les identitaires ont choisi de procéder à des « filatures » en pleine mer. Samedi 5 août, l’équipage de l’Aquarius a eu la surprise de voir arriver droit sur elle le C-Star : « Ils ont fait route sur nous à une vitesse supérieure à la nôtre. Nous avons gardé notre cap. Ils nous ont suivis, puis sont partis après avoir envoyé un message par radio », relate l’ONG. Une telle manœuvre, susceptible de provoquer une collision entre les vaisseaux, est illégale. Le règlement international pour prévenir les abordages en mer (Ripam ou Colreg en anglais), définit le cadre légal en la matière. Du fait de son activité, les navires portant secours aux migrants sont considérés comme des « navires à capacité de manœuvre restreinte ». Il est donc formellement interdit d’interférer avec leurs activités puisque, ne pouvant pas manœuvrer librement, le risque de collision est grand. Dans tous les cas, l’ensemble des bateaux en haute mer, C-Star compris, se doivent d’éviter ces incidents à tout prix (règle n° 8).

Aider les gardes-côtes libyens à ramener les migrants en Libye

Cet autre objectif assumé est sûrement le plus problématique. Sur son site, le groupuscule d’extrême droite entend agir comme un bateau de reconnaissance pour « donner l’alerte aux gardes-côtes libyens » en cas de naufrage. Le but étant, bien évidemment, de ramener les migrants « sur les côtes africaines », en Libye donc.
  • Pourquoi c’est problématique
L’article 33 alinéa 1 de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés, communément appelée « Convention de Genève », est très claire sur la question :
« Aucun des Etats contractants n’expulsera ou ne refoulera, de quelque
manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou
sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité,
de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. »
Du fait de l’instabilité politique en Libye, les migrants renvoyés vers ce pays risquent de voir leur intégrité physique et morale gravement atteinte dans les centres de rétentions libyens. Or, de nombreux rapports d’ONG font état de « viols, tortures, exécutions et autres souffrances » dont sont victimes les réfugiés lors de leur incarcération. Par ailleurs, la plupart de ces gardes-côtes ne dépendent pas du gouvernement d’union nationale soutenu par les Nations unies, ouvertement défié dans tout le pays. Plusieurs milices régionales se sont formées pour défendre les intérêts de chefs autoproclamés, sur terre et en mer. Ainsi, il leur sera très difficile de rentrer en contact avec un interlocuteur crédible. Pourtant, il existe un flou juridique : le C-Star n’agit pas sur commande d’un pays ou d’une organisation supranationale, l’équipage ne peut donc pas être poursuivi sur cette base.
De son côté, la Libye ne fait pas partie des 145 pays signataires de la Convention de Genève et ne peut donc pas être contrainte à respecter cette règle. Actuellement, les juristes réfléchissent à une solution en la matière, mais rien n’est arrêté. Seule certitude, établie dans un rapport de l’Institut allemand des droits humains : « La Cours européenne des droits de l’homme (CEDH) interdit d’exposer les personnes à des violations graves des droits humains par des actions au-delà des frontières des Etats. Renvoyer dans un pays où la torture, les peines ou traitements inhumains ou dégradants, ou menace le danger mortel, est ainsi interdit. »

Au-delà du cadre légal, les ONG se questionnent sur la moralité de la démarche : si Génération identitaire entend lutter contre le trafic d’êtres humains, pourquoi livrer les migrants aux garde-côtes libyens sérieusement soupçonnés d’entretenir des liens avec les passeurs ? Agir de la sorte condamne les réfugiés à subir de sévères violations de droits humains dans les geôles libyennes.

Couler les bateaux utilisés pour le trafic

En gage de bonne foi, la mission Defend Europe de Génération identitaire s’est engagée à couler les bateaux abandonnés ayant servi au transport illégal de migrants.
  • Pourquoi c’est inutile
Cette mission est déjà remplie par les navires de l’opération Sophia, lancée à l’été 2015, dont le principal objectif est de « démanteler les réseaux d’immigration clandestine et de traite des êtres humains ». En un peu plus d’un an, 303 navires d’organisations criminelles ont été neutralisés. Lorsque la marine de l’Union européenne n’est pas à proximité, ce sont bien les ONG qui prennent la relève et détruisent ces embarcations de fortune. Avec ce dispositif tout à fait suffisant, un nouvel acteur agissant dans le domaine ne saurait être utile. Pour preuve : depuis leur arrivée sur zone, le C-Star n’a procédé à aucune destruction ni aucun sauvetage. Et, en restant immobile, cela ne risque pas de changer.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/08/09/navire-antimigrants-c-star-une-mission-inutile-voire-illegale_5170650_4355770.html#IdAoAGKjx3eGdBWZ.99

vendredi 28 juillet 2017

Migrants: Emmanuel Macron veut des centres d'accueil sur le sol africain



Le président Emmanuel Macron, jeudi 27 juillet à Orléans, où il a exposé une politique ambitieuse pour régler la crise des migrants,


© Michel Euler / POOL / AFP

En déplacement à Orléans, jeudi 27 juillet, Emmanuel Macron a esquissé les contours de la politique migratoire de la France durant son quinquennat avec un distinguo clair entre réfugiés politiques et migrants économiques.

Emmanuel Macron souhaite faire le tri entre migrants économiques et réfugiés. Il entend donc accélérer les procédures de demande d'asile. Le président français dit vouloir ramener les délais à 6 mois au lieu d'un an à 18 mois aujourd'hui en France.

Les demandes d'asile seront même prétraitées en dehors du territoire français dans des hotspots, c'est-à-dire des centres d'examen. En Italie, où arrivent la plupart des migrants qui posent le pied en Europe, mais aussi en Afrique. Dans des « pays sûrs » selon le terme du président, des Etats tiers proches du pays d'origine. Il est question du Niger ou d'ailleurs, un centre pour les migrants en transit existe à Agadez. Du Tchad aussi.

Le problème ce n’est pas seulement comment les arrêter, il faut trouver une solution pérenne à cette situation. La solution pérenne, c’est se développer. C’est trouver du travail pour notre jeunesse, un appui sérieux et sincère de l’Europe à l’Afrique, c’est très important.
Hotspots en Afrique: le Tchad d'accord sur le principe, à condition de favoriser le développement 
Mais surtout, le président a indiqué que la France installerait des hotspots en Libye, quand les conditions de sécurité le permettront. Pour ces trois pays, une mission de faisabilité devrait être lancée fin août, indique l’Élysée.

Emmanuel Macron a insisté. Il souhaite le concours de l'Europe, même si un certain nombre d’États européens sont réticents à ces hotspots.

Ensuite, quelques questions restent posées : qu'adviendra-t-il des migrants qui ne seront pas refoulés dans ces hostspots, c'est à dire qui pourront prétendre au statut de réfugié politique ? Seront-ils pris en charge ou les laissera-t-on reprendre leur route?

Amnesty International dénonce la vision binaire de Macron dans le traitement de la migration

A l'inverse, le président a promis de rendre plus efficaces les reconduites à la frontière pour les déboutés du droit d'asile. Comment ? Là non plus, pas de précision.
Si l'idée du président français n'est pas nouvelle, elle consiste surtout à dissuader les personnes non éligibles à l'asile de ne pas quitter l'Afrique, et de trouver un point de chute sur le sol africain.

Mais ces mesures sont décriées par les organisations humanitaires. Amnesty International demande à la France de reconsidérer radicalement toute sa politique migratoire. « Il y a dans ce discours, et c’est une continuité depuis qu’il est candidat, cette opposition un peu binaire malheureusement entre d’un côté les réfugiés, pour lesquels on déploie des moyens et des efforts qui sont conformes aux obligations que doit remplir la France en tant qu’État, et les migrants économiques. En réalité, réduire la migration à ces deux seules catégories est un peu faux, regrette Jean-François Dubost, du programme de protection des populations à Amnesty.

Parmi les migrants, il y a effectivement des personnes qui vont se déplacer pour des raisons économiques ou de travail, mais d’autres qui vont se déplacer pour des raisons familiales - ça rejoint d’ailleurs un certain nombre de droits fondamentaux des personnes à pouvoir rejoindre leurs familles et vivre en famille. Il y a aussi d’autres motifs de migration comme les études. Donc, simplement opposer aux réfugiés des migrants économiques dont on ne veut pas, pour lesquels il faut accélérer l’éloignement, le renvoi dans les pays, c’est quand même biaiser le regard qu’une population peut avoir sur les migrants en général. Une approche uniquement fondée sur le renvoi des migrants, ça fait à peu près 20-25 ans qu’on l’applique et ça ne produit pas de bons effets. »

Quelque 470 associations ont formulé une demande de rencontre avec le chef de l'Etat autour de cette question.

Nombreuses réactions après les  annonces du président Macron


Le 17 avril 2016, un canot pneumatique est en passe de sombrer avec quelques dizaines de migrants. En arrière plan, l'imposant «Aquarius» de SOS Méditerranée a repéré l'embarcation.
© Patrick Bar / SOS Méditerranée


Des questions subsistent encore après les annonces d'Emmanuel Macron sur sa politique migratoire. Dans un discours prononcé jeudi, le président français a clairement distingué les réfugiés politiques et les migrants économiques. Il veut examiner les demandes d'asile «en amont», directement sur le terrain dans ce qu'on appelle des «hotspots», des centres d'examen. L'Elysée dit avoir identifié des zones dans le sud libyen, le nord-est du Niger, et le nord du Tchad pour installer des centres de l'OFPRA, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides. Une nouvelle mesure qui suscite des commentaires.

L’annonce de ces hotspots, centre d’examen pour migrants, a été largement commentée. Parmi les pays concernés, il y a le Tchad. Pour le ministre tchadien des Affaires étrangères, la priorité, ce n'est pas d'intercepter les migrants avant qu'ils ne partent, mais plutôt de trouver une solution pérenne pour créer des emplois qui puissent retenir ces jeunes.

Le président Déby l'a déjà dit, il souhaite que l'Europe s'engage sur un plan de développement. Une sorte de plan Marshall pour l'Afrique et en particulier pour le Sahel. Pas de réactions officielles encore du côté du Niger et de la Libye, autres pays concernés par ces centres d’accueil de migrants.

A l'heure qu'il est, c'est sans doute du côté des organisations humanitaires que les critiques sont les plus vives. Amnesty International demande à la France de reconsidérer radicalement sa politique migratoire. L'organisation dénonce un traitement binaire de la question. Human Rights Watch s'inquiète des risques pour le droit et la dignité des personnes que pourrait engendrer la nouvelle politique d'Emmanuel Macron.

Ouvrir un centre d'examen en Libye n'est pas réaliste aujourd'hui, insiste de son côté Médecins sans Frontières qui précise qu’il n’est pas envisageable d'exposer des migrants qui se cachent aujourd'hui par peur des mauvais traitements. Leur demander de se rendre dans ces centres d'examen, c'est les mettre en danger souligne MSF.

Enfin, du côté des partenaires européens,  on ne sent pas non plus pas un enthousiasme démesuré. Néanmoins, selon l’Elysée, une première mission doit partir fin août pour voir ce qui est possible.

"Hotspots" en Libye : que veut dire Emmanuel Macron ?

"Hotspots" en Libye : que veut dire Emmanuel Macron ?
Emmanuel Macron s'exprime sur l'immigration à Orleans, le 27 juillet 2017. (Michel Euler / POOL / AFP)

En visite dans un centre d’hébergement de réfugiés, à Orléans, Emmanuel Macron a fait plusieurs annonces, concernant notamment les demandeurs d’asiles sur le sol africain. L’Obs les décrypte avec Pascal Brice, directeur général de l’Office français de protection des réfugiés.

Les annonces sont venues en deux temps, jeudi 27 juillet, lors de la venue du président de la République à Orléans, où il visitait un centre de d’hébergement de réfugiés. D’abord, Emmanuel Macron a déclaré à des journalistes vouloir "ouvrir des hotsposts en Libye, afin d’éviter aux gens de prendre des risques fous alors qu'ils ne sont pas tous éligibles à l'asile." Un objectif d’autant plus ambitieux qu’il rajoutait ensuite : "Je compte le faire dès cet été."

Mais quelques minutes plus tard, lors du discours officiel, toute référence à ces hotspots libyens et à ce calendrier avait disparu, le président adoptant un ton plus prudent :
"Je souhaite que l’Union Européenne, et à tout le moins la France le fera, puisse aller traiter les demandeurs d’asile au plus près du terrain. [...] C’est pourquoi nous développerons des missions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) [...] sur le sol africain, dans les pays sûrs."
Quelle est la nature précise de ces missions ? A quel horizon seront-elles effectives ? "L’Obs" s’est entretenu avec Pascal Brice, directeur général de l’Ofpra, pour répondre à ces questions.

Quelles sont les missions que vous a assignées le Président de la République ?
Ces missions s’inscrivent dans deux cadres différents. D’abord, le président de la République nous a demandé d’agir directement dans des pays qui se trouvent sur les routes de l’exil, voisins de la Libye, dans les pays du Sahel qui l’accepteront. Là, nous devrons mener une mission de protection, sur le modèle de ce que nous faisons pour les Syriens en lien avec le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Depuis 2014, des équipes de l’Ofpra sont placées dans les pays voisins, en Turquie, au Liban, en Jordanie, voire en Egypte, pour entendre des demandeurs d’asile syriens et permettre l’accueil en France de ceux qui relèvent du droit d’asile.

Il s’agit de s'inspirer de cette expérience pour envoyer des équipes de l’Ofpra dans les pays concernés, de manière à y entendre des demandeurs d’asile. Il faut faire en sorte que le plus de demandeurs d’asile possible, dans des limites qui seront fixées par le Gouvernement, soient pris en compte avant l’enfer libyen ou celui de la Méditerranée.

Le deuxième type de mission est en lien avec les hotspots en Italie. L’Ofpra va, si les  autorités italiennes en sont d’accord, renforcer son intervention  auprès des demandeurs d’asile qui arrivent en Italie et qui relèvent du programme de relocalisation, principalement des Erythréens dont le besoin de protection est évident au regard de la situation dans leur pays. Nous nous trouvons déjà à Athènes depuis un an et demi, où nous agissons dans le cadre de la politique de relocalisation décidée par le Conseil européen. Nous y entendons des demandeurs d’asile syriens et irakiens principalement.


Migrants : l'Italie à bout de souffle

Par hypothèse, il pourrait s’agir de faire la même chose en Italie, principalement pour les Erythréens. Sachant que des officiers de protection de l’Ofpra sont déjà présents, avec d’autres collègues européens, à l’arrivée des bateaux dans les ports italiens, pour informer les demandeurs d’asile relevant de la relocalisation des démarches à suivre, l’idée serait donc de renforcer très nettement notre présence et d’aller au-delà de la simple information.

Pour ce qui est de la première partie de ces missions, sur le sol africain, comment vous organiserez-vous, concrètement ? Serez-vous présent dans les consulats, à des points de passage ?

Au Proche-Orient, l’Ofpra travaille avec le HCR, dans des infrastructures variables : locaux des ambassades, hôtels, camps, en fonction de ce qui est le mieux pour les demandeurs. Nous nous en inspirerons. Mais il s’agit de modalités opérationnelles que nous allons travailler d’abord avec les pays concernés et les organisations internationales qui sont nos partenaires habituels, pour pouvoir nous mettre en place rapidement.

L’Ofpra a désormais une grande expertise pour de telles opérations de protection, puisque depuis trois ans, il y a pratiquement  toujours une de nos équipes à Amman, au Caire, à Ankara ou à Beyrouth.

Quid des centres pour migrants en Libye, annoncés dans un premier temps par Emmanuel Macron ?

Dans son discours d’Orléans, le Président a évoqué des missions de protection au Sahel dans le voisinage de la Libye. Mais la situation dans ce dernier pays ne permet pas, dans l’immédiat, de s’y installer. Nous préparons activement cette projection des équipes de l’Ofpra et une mission se rendra sur place à cette fin vers la fin du mois d’août.

Ces missions de protection que nous préparons permettront d’entendre des demandeurs d’asile afin de permettre, dans une ampleur qui sera fixée par le Gouvernement, l’accueil en France de celles et ceux qui relèveront bien du droit d’asile. Les autres ne relèvent pas de la compétence de l'Ofpra.

Combien de personnes seront concernées par cette mesure ?

Le nombre des personnes à accueillir en France dans ce cadre sera fixé par le gouvernement. Si la question porte sur l’éligibilité à l’asile des personnes que nous entendrons sur place, tout dépend toujours d’un examen de la situation de chacun. Mais quand on regarde les nationalités de celles et ceux qui prennent les routes de l’exil vers la Libye, une large majorité des personnes qui arrivent en Italie par cette voie viennent de pays pour lesquels les craintes, au regard du droit d’asile sont faibles. Il s’agit notamment beaucoup de ressortissants de l’Afrique de l’Ouest. Si l’on regarde plus à l’Est, la situation est différente, avec notamment des Erythréens et des Soudanais pour ceux qui viennent de régions en guerre comme le Darfour.

On peut cependant comparer avec les personnes qui arrivaient en Grèce jusqu’en mars 2016, date de l’accord entre l’UE et la Turquie. Là, il s’agissait très largement de personnes qui relevaient du droit d’asile venant de Syrie, d’Irak, d’Afghanistan. En Italie, en général, on n’est plus dans le même cas.

Justement, que répondez-vous à ceux qui estiment que cette politique ne permettra que de traiter une petite partie du problème ?

Ce n’est pas comme ça que nous réfléchissons. Nous sommes au nom des principes fondamentaux de la République,  au service des persécutés et des victimes des guerres, du droit d’asile. Dès lors que l’on sera en mesure de protéger des personnes relevant du droit d’asile, de leur éviter les tortures et les viols en Libye et la noyade en Méditerranée, ce sera mission accomplie pour l’Ofpra. Nos missions au Proche-Orient ont déjà concerné 10.000 personnes. Ce n’est pas rien.

Nous allons pouvoir poursuivre, sur le sol africain. Nous renforçons ainsi encore notre intervention à chaque étape des routes de l’exil : au plus près des pays de départ, aux frontières externes de l’UE et bien sûr sur le territoire national.

"Des hotspots en Libye ? Ce n’est ni faisable, ni souhaitable"

Interrogées par ""l’Obs" au sujet du discours d’Orléans, les ONG sont un plus sceptiques. Marine De Haas, spécialiste des questions européennes à La Cimade, approuve la volonté de "donner la possibilité d’être entendu et d’obtenir un visa sans prendre de risques", mais "à condition que cela n’empêche pas de faire les mêmes démarches à ceux qui ont traversé la Méditerranée."

Mais c’est surtout le raisonnement à l’œuvre qui les inquiète. "On est complètement dans la politique européenne de ces dernières années, explique Marine De Haas, c’est-à-dire dans une dynamique d’externalisation des politiques migratoires et du contrôle des frontières extérieures. L’Europe veut coopérer avec des Etats-tiers pour empêcher les personnes ne dépendant pas du droit d’asile d’arriver sur leur territoire."

Pour Jean-Guy Vataux, chef de mission pour Médecins sans frontières (MSF) en Libye, "la création de hotspots dans le sud Libyen n’est ni faisable, si souhaitable, en tout cas pour les migrants." La Libye, qui n’a pas signé les différentes conventions sur les réfugiés, semble en effet loin d’être un partenaire stable.

"Le problème, c’est que la part de ceux qui dépendent du droit d’asile, tel que nous le définissons, est minime au sein de ces migrants. Dans les centres de détention libyens, l’OIM estime à 7.000 personnes celles pouvant demander l’asile. Contre 200.000 arrivées en Italie", rappelle le chef de mission.

"Les migrants ne se rendront même pas dans ces hotspots, continue-t-il. Quel serait leur intérêt, s’ils sont sûrs d’être renvoyés ou emprisonnés ?"

Et de s’interroger sur les modalités d’attribution du droit d’asile : "Quand on voit que le Ministère des affaires étrangères peut ne pas conseiller certains pays aux Français, et ne pas accorder le droit d’asile à des ressortissants de ces pays… Peut-être faudrait-il également considérer non seulement la provenance, mais aussi les souffrances rencontrées durant leur parcours. Leurs conditions de vie durant leur trajet sont terribles, et elles exigent qu’on les protège."
 Propos recueillis par Martin Lavielle
Martin Lavielle

Martin Lavielle




samedi 22 juillet 2017

Macron a-t-il raison de voir dans la natalité africaine un frein au développement?



En Afrique, le seul pays atteignant encore aujourd'hui 7 enfants par femme est le Niger.
En Afrique, le seul pays atteignant encore aujourd'hui 7 enfants par femme est le Niger.
afp.com/Mujahid Safodien

Lors du G20, Emmanuel Macron a estimé qu'il était difficile de stabiliser l'Afrique quand la natalité était "encore de 7 à 8 enfants par femme". Une démographe analyse les propos du chef de l'Etat.

Les propos d'Emmanuel Macron ont choqué. Invité à s'exprimer sur le développement de l'Afrique lors du sommet du G20 à Hambourg le 8 juillet, le chef de l'Etat a estimé, entre autres: "Quand des pays ont encore aujourd'hui 7 à 8 enfants par femme, vous pouvez décider d'y dépenser des milliards d'euros, vous ne stabiliserez rien".
  

Dans son discours, Emmanuel Macron a également également cité d'autres problématiques qui touchent le continent, comme "la route des trafics, multiples, qui nécessitent des réponses en termes de sécurité" ainsi que "le terrorisme islamiste". Pour plusieurs médias étrangers, ces déclarations sont apparues racistes et démontrent "une vision colonialiste" de la France. Clémentine Rossier, démographe, professeure à l'Institut de démographie et de socioéconomie de l'Université de Genève et chercheure associée à l'Institut National d'Etudes Démographiques à Paris, analyse ces propos. 

En tant que démographe, que pensez-vous des propos d'Emmanuel Macron? 

Déjà le chiffre de 7 ou 8 enfants est faux. Selon l'ONU, entre 2010 et 2015 la fécondité en Afrique était en moyenne de 4,7 enfants par femme. En moyenne, car les situations sont très diverses. En Afrique australe, la région la plus développée du continent, on compte en moyenne 2,5 enfants par femme, en Afrique du Nord, 3,1. Le Rwanda, le Kenya ou encore l'Ethiopie ont aussi connu des baisses rapides. La fécondité de ce dernier pays est ainsi passée de 5,5 à 4,6 enfants entre 2000 et 2016. Le seul pays dépassant encore 7 enfants par femme est le Niger, une exception. 

Et y a-t-il une spécificité des colonies françaises?
  
Oui, c'est dans les pays colonisés par la France, au passé pro-nataliste, que les taux de natalité sont les plus importants aujourd'hui. En Afrique de l'Est et Australe, colonisé essentiellement par les Anglais, les programmes de planification familiale ont été plus nombreux, plus efficaces et ont doté d'importants moyens. Il est également important de noter les différences entre les populations les plus privilégiées des villes qui ont majoritairement des petites familles de 3 enfants, contrairement aux régions rurales. 

Quelles sont les projections pour les prochaines années?  

La population africaine est estimée à 1,2 milliard de personnes en 2015, soit 16% de la population mondiale. Il reste le seul continent avec une fécondité si élevée. Et selon les projections moyennes de l'ONU, il y aura 4,4 milliards d'Africains en 2100, soit 39% de la population mondiale, et cela alors même que ces projections intègrent le fait que la fécondité des femmes africaines va diminuer à deux enfants en moyenne d'ici là.  

Pourquoi la natalité moyenne baisse partout dans le monde, mais pas en Afrique? 

Les raisons sont multiples: absence de politique de planification familiale forte, une dimension culturelle et un système de valeurs qui fait que dans ces pays dont l'organisation sociale est coutumièrement basée sur le lignage, avoir une grande famille est valorisé, mais aussi car ce continent regroupe la majorité des pays pauvres du monde.
  

Globalement, c'est le développement socio-économique qui favorise la baisse de la natalité. Car l'agriculture de subsistance, que l'on trouvait dans les pays européens il y a deux siècles et que l'on retrouve aujourd'hui en Afrique, nécessite d'avoir des enfants. Ils ne coûtent pas cher, et en l'absence de services éducatifs et sanitaires, leur coût est encore moins élevé. Mais au fur et à mesure que le développement socio-économique décolle, que les structures d'éducation et de santé se mettent alors en place, les familles doivent investir dans les enfants. Or, si l'on veut investir correctement dans chacun d'eux, il faut faire moins d'enfant. 

Tous les gouvernements africains, ou presque, sont donc convaincus que maîtriser sa natalité est important. Mais évoquer la natalité en même temps que les trafics et la menace terroriste, comme le fait Emmanuel Macron, n'est pas une bonne piste. Cela laisse penser que la démographie est une dimension fondamentale et centrale du développement économique, ce qui n'est pas le cas. 

Quel rôle joue donc la démographie dans le développement de l'Afrique? 

La fécondité est l'un des facteurs, mais pas son moteur. Les études actuelles montrent que la baisse de la fécondité peut accélérer la vitesse du développement économique et social, mais ce n'est pas son unique condition. La diminution de la natalité peut jouer uniquement si des investissements dans l'éducation sont réalisés en amont, que le marché de l'emploi est florissant, que la croissance économique est en route. 

Dans certaines régions, on a assisté à ce cercle vertueux, entre éducation, emploi et baisse de la natalité. C'est le cas en Asie du Sud-Est où 30% de la croissance économique a pu être directement imputée au fait que les familles aient eu moins d'enfant, ce que l'on a appelé le Dividende démographique. Mais en Amérique latine, au contraire, la baisse de la fécondité n'a pas entraîné le même gain en termes de développement parce que les autres facteurs n'étaient pas au rendez-vous. Le cercle vertueux ne s'est pas mis en place. 

Quels sont donc les autres facteurs de ce développement? 

L'éducation, la santé, la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption, le développement de l'industrie, de l'énergie, d'une agriculture moderne, de l'emploi... Dans les régions rurales de l'Afrique, on manque encore de routes, d'électricité. Ce sont des chantiers énormes et les bases mêmes d'un développement qui restent à poser. De plus, ce développement devra être durable et lutter contre les conséquences du changement climatique.

La démographie africaine est-elle finalement une chance ou un risque? 

Justement, on ne sait pas. La croissance exponentielle de la population va-t-elle mettre en péril les modestes avancées que connaissent certains pays? Impossible à dire. Le Burkina a par exemple vu sa population passer de 6 millions en 1975 à 18 millions en 2015, et elle atteindra 30 millions en 2030. Vu les lenteurs du développement, on a du mal à imaginer comment ce pays va pouvoir trouver une activité à tous ces jeunes, d'autant que son potentiel agricole est peu élevé. 

La situation démographique future du Niger, au bord du désert, avec encore 7 enfants par femme, fait également peur. Mais c'est déjà ce que disait Malthus il y a plus de deux siècles, confronté au boom de population qui a fait suite à la baisse de la mortalité en Europe, lorsque la fécondité n'avait pas encore diminué. Et l'histoire lui a donné tort. 


Le planning familial, angle mort de l’aide au développement de la France

Malgré le discours d’un engagement en faveur des droits des femmes, Paris investit peu dans la santé maternelle et infantile des pays à forte croissance démographique.

Une patiente se fait expliquer les différents types de contraception, à l'agence de la Croix-Rouge de Pikine de Dakar, au Sénégal.
La forte croissance démographique de l’Afrique reste l’un des freins à son développement : c’est ce qu’a voulu rappeler le président français, Emmanuel Macron, en marge du sommet du G20 à Hambourg, le 8 juillet, en répondant à une question d’un journaliste ivoirien sur l’aide consentie par les pays industrialisés « pour sauver l’Afrique ». « Quand des pays ont encore sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien. » Cette affirmation a aussitôt suscité la controverse et une avalanche de réactions sur les réseaux sociaux dans lesquelles le chef de l’Etat se fait étriller pour avoir osé donner son avis sur un sujet sur lequel, selon ses détracteurs, il n’aurait pas à s’exprimer.

 
Ce plaidoyer d’Emmanuel Macron en faveur d’une démographie maîtrisée est d’autant plus surprenant que la France est loin d’être à la pointe de l’aide au développement en faveur des politiques de planning familial et de santé maternelle et infantile.

En 2015, la France a investi 1,44 % de son aide au développement dévolue à l’Afrique dans les droits sexuels et reproductifs. Si, en chiffres absolus, cela représente 47 millions de dollars (40 millions d’euros), un montant relativement élevé, c’est un pourcentage faible. Sur les vingt-cinq membres du Comité d’aide au développement de l’OCDE qui ont financé des politiques de population en Afrique, la France arrive en 16e position.

Grands premiers, les Etats-Unis dépensent 29 % de leur aide au développement à destination de l’Afrique pour les droits sexuels et reproductifs. Les leaders européens sont les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la Suède et l’Irlande, qui investissent autour de 5 %.

« On détourne toujours la conversation »

Paris n’a d’ailleurs envoyé aucun membre de son gouvernement au sommet Family Planning 2020 qui se tenait le 11 juillet à Londres. Ce partenariat mondial, lancé en 2012, a pour objectif de fournir une contraception moderne à 120 millions de femmes supplémentaires d’ici à 2020, principalement dans les pays en voie de développement, dont l’Afrique. Plusieurs ministres européens s’y sont rendus pour signifier leur soutien, moral et financier, dans l’autonomisation des femmes.
Deux fonctionnaires français étaient présents, mais ni déclaration officielle ni engagement financier n’étaient à l’ordre du jour. Et la discrétion de la France n’est pas passée inaperçue. Catherine Giboin, chargée de la santé sexuelle et reproductive pour Médecins du monde, déclare : « Ce que je trouve problématique, c’est que la stratégie de la France sur les droits et la santé sexuelle et reproductive est politiquement forte, mais l’engagement financier derrière est faible. »

Pour Neil Datta, secrétaire du Forum parlementaire européen sur la population et le développement (EPF), un réseau qui fait du plaidoyer en faveur du droit des femmes, déplore : « La France s’est plusieurs fois déclarée championne des droits des femmes, mais quelle que soit la couleur politique du gouvernement, l’aide apportée aux pays en voie de développement est très modeste. Quand j’essaie d’aborder ces questions en France, on détourne toujours la conversation sur les succès du pays, comme la lutte contre le sida et le changement climatique. » 

 
Bénédicte Jeannerod, directrice du bureau parisien de Human Rights Watch (HRW) regrette que le nouveau gouvernement n’ait pas adopté une position forte sur les droits sexuels et reproductifs. « Je ne sais pas si on peut faire un parallèle avec l’annonce de la baisse de l’aide publique au développement (APD), poursuit-elle, mais cela envoie deux mauvais signaux sur des sujets clés en peu de temps. »

En effet, lundi 10 juillet, Gérald Darmanin, ministre de l’action et des comptes publics, annonçait dans un entretien au Parisien que le budget de l’APD serait tronqué de 141 millions d’euros pour contribuer à la réduction du déficit français.
Alors que l’ONU préconise depuis les années 1970 que les pays investissent 0,7 % de leur revenu national brut dans les aides publiques au développement, la France n’était qu’à 0,38 % en 2016. Bien loin du Danemark, du Luxembourg, de la Norvège et de la Suède, qui avaient atteint et dépassé cet objectif dès les années 2000, et ont amorcé une vraie politique d’aide au développement à destination des femmes.


Cédéao: objectif de trois enfants maximum par femme d'ici 2030


Une rencontre des femmes de la CEDEAO au Niger, Niamey 18 mars, 2016, Photo Bagassi Koura.

Les parlementaires de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao, 15 pays), de la Mauritanie et du Tchad ont affirmé samedi vouloir limiter à trois le nombre d'enfants par femme afin de faire baisser de moitié, d'ici 2030, le taux de fécondité le plus élevé au monde.

Les parlementaires de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao, 15 pays), de la Mauritanie et du Tchad ont affirmé samedi vouloir limiter à trois le nombre d'enfants par femme afin de faire baisser de moitié, d'ici 2030, le taux de fécondité le plus élevé au monde.

"Les parlementaires de la Cédéao, de la Mauritanie et du Tchad ont convenu que, d'ici 2030, les parlements devaient inciter les gouvernements à mettre en place des politiques tendant à faire en sorte que chaque femme (...) ait au plus trois enfants pour maîtriser le boom démographique", a déclaré le président du Parlement burkinabè, Salifou Diallo, lors d'une rencontre régionale sur la démographie samedi à Ouagadougou.

Avec un taux de fécondité général de 5,6 enfants par femme, le plus élevé au monde, la population de l'espace Cédéao se situera, en 2050, autour d'un milliard d'habitants, dont la moitié sera constituée de jeunes, selon les Nations unies.

"Nous estimons que quand on a des taux de croissance économique des pays qui est de l'ordre de 5 à 6% avec un taux de fécondité située à 6 ou 7%, nous sommes dans une situation de démographie non maîtrisée et nous ne pouvons pas espérer de développement avec une telle situation", a martelé M. Diallo.

Selon lui, "il est urgent de contenir la poussée démographique dans l'espace Cédéao pour promouvoir un réel développement viable et durable".

Les parlementaires devraient, dans leurs Etats respectifs, adopter des stratégies afin de "faciliter un déclin rapide, volontaire, de la fécondité grâce à l'accès universel à la planification familiale, l'augmentation du niveau d'éducation des femmes et le renforcement des efforts pour améliorer la survie de l'enfant", a ajouté M. Diallo.

De son côté, le président du Parlement du Bénin, Adrien Houngbédji, a estimé que "c'est à (nous) qu'il appartient de définir l'équilibre optimal qu'il est indispensable de trouver entre la régulation des naissances et l'amélioration de la qualité de vie de la population active".

Il s'agira de faire "baisser de moitié" le taux de fécondité et d'"arrimer le taux de croissance démographique, trop fort, avec le taux de croissance économique trop modéré", a déclaré le président de la commission de la Cédéao, Marcel De Souza.

"La jeunesse représente les deux tiers de la population. Cette jeunesse, lorsqu'elle ne trouve pas de solutions, devient une bombe: elle traverse le désert ou la Méditerranée, meurt par milliers pour l'immigration clandestine", a-t-il ajouté.

Avec AFP

mercredi 12 juillet 2017

Le gouvernement fait de la réduction du délai de demande d’asile une des clés du plan migrants




Cette évolution, déjà engagée, ne résoudra pas tout. Le texte doit être présenté en conseil des ministres mercredi 12 juillet.

LE MONDE | | Par

Protéger plus rapidement ceux qui ont besoin d’un statut de réfugié ; renvoyer plus efficacement les autres. Central dans la politique d’accueil d’Emmanuel Macron, ce double objectif passe par une réduction du temps entre l’arrivée en France et la réponse finale à une demande d’asile. C’est un des points clés du plan qui devait être annoncé en conseil des ministres, mercredi 12 juillet.

Aujourd’hui, l’instruction d’un dossier dure treize mois et ressemble à un parcours du combattant. La centaine de migrants qui arrivent chaque jour en France commencent par tenter d’accéder à une plate-forme d’enregistrement. A Paris, ils dorment des semaines à même le trottoir, devant le boulevard de la Villette, pour espérer se glisser au plus vite dans les bureaux de France terre d’asile, ou à La Chapelle, autour du centre d’accueil d’où 2 800 personnes ont été évacuées vendredi 7 juillet. Ils doivent en passer par là pour obtenir un rendez-vous devant le guichet unique de demande d’asile (GUDA).

« En moyenne, on leur fixe un rendez-vous 25 jours plus tard. Mais cela varie considérablement puisque à Metz, il faut attendre 90 jours, 21 jours dans le Rhône », observe Gérard Sadik, coordinateur de l’asile au sein de l’association de défense des migrants Cimade. C’est seulement lors de ce second rendez-vous qu’un agent préfectoral prend les empreintes et qu’un représentant de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) remet une attestation de demandeur d’asile, marque de l’entrée dans le dispositif ; et rares sont ceux qui arrivent à ce point d’étape avant d’avoir dormi un mois et demi dans la rue.

Augmenter les effectifs pour accélérer la cadence

Une fois ce processus lancé, le demandeur dispose de 21 jours pour introduire son dossier à l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), laps de temps utilisé par les associations pour écrire le récit de leur vie. Puis il reçoit une convocation pour un entretien avec un officier de protection instructeur. La plupart du temps, le rendez-vous est fixé un mois et demi plus tard.

Au final, il faut compter cinq mois pour l’étape de l’Ofpra, entre l’introduction du dossier et le départ de la lettre qui informe de la réponse. S’il est refusé, l’exilé fait alors appel devant la Cour nationale du droit d’asile (CNDA), qui, à son tour, a besoin de six mois et demi pour statuer. Il s’agit là d’une procédure de droit administratif.
Ces données varient bien sûr d’un cas à un autre, mais le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, souhaite faire tenir ce déroulé en six mois en moyenne. Rien d’original, puisque c’est la suite du mouvement engagé sous le quinquennat Hollande. « Nous sommes passés de neuf mois à cinq aujourd’hui, et serons à trois en fin d’année. Avec des moyens supplémentaires et une modification logistique, on se mettra en situation d’atteindre deux mois », précise le directeur de l’Ofpra, Pascal Brice.
L’office est déjà passé de 60 000 décisions rendues en 2012 (avec, à l’époque, un stock de 30 000 dossiers à la traîne, dont 30 % avaient plus d’un an) à une capacité à traiter 110 000 dossiers à la fin de cette année (avec un stock de 10 000, dont 9 % seulement ont plus d’un an), rappelle son directeur. Pour cela, ses effectifs ont été multipliés par deux et devraient encore bénéficier de moyens nouveaux. Comme la CNDA et comme à l’étape du guichet unique « qui traite actuellement 568 dossiers quotidiens, contre 435 fin 2016 », a calculé Gérard Sadik. Mais là encore, il va falloir augmenter les effectifs des préfectures et de l’OFII pour accélérer la cadence.

Une autre approche de l’accueil à inventer

Reste que pour vraiment compresser les 45 jours avant l’Ofpra, c’est une autre approche de l’accueil qu’il faut inventer. Comme le rappelle Pierre Henry, directeur général de France terre d’asile, « on a mis beaucoup de rustines pour faire tenir le système et pensé trop longtemps le système par segments. Si on veut vraiment avancer, il faut penser globalement et offrir un premier accueil réparti sur tout le territoire ». Un sujet d’autant plus crucial que les campements de rue sont en train de se multiplier en France, empêchés par la police comme à Calais, déjà enkystés comme à Metz, ou latents comme dans la vallée de la Roya.

Sur ce point de l’hébergement, la réponse apportée par l’Etat risque d’être très insuffisante, puisque pour Gérard Collomb, accueillir dignement entraînerait un « appel d’air », comme il l’a fait comprendre aux associations travaillant à Calais.

Son annonce, vendredi 7 juillet, à ces mêmes acteurs, de créer 7 000 places d’hébergement pour les demandeurs d’asile a d’emblée été jugée insuffisante. « Officiellement, nous sommes à 83 000 places ouvertes, en additionnant tous les dispositifs qui existent. Il faut logiquement atteindre les 110 000 si on veut que tous les demandeurs 2017 soient hébergés », ajoute Gérard Sadik, qui observe que « 20 % de ces places ne sont pas occupées par des demandeurs, mais par des déboutés, des “dublinés” [selon l’accord de Dublin, un réfugié doit déposer sa demande d’asile dans le premier pays où il a été contrôlé, souvent la Grèce et l’Italie] ou des réfugiés qui n’arrivent pas à trouver un logement classique ». A ses yeux, ce sont donc « 140 000 places qui seraient nécessaires » pour éviter la rue… Un total bien loin de la promesse de Gérard Collomb.

Pour faire tenir son plan, le gouvernement table sur le renvoi de ceux qui ont laissé des empreintes ailleurs en Europe ou ont été déboutés de l’asile. Mais même avec une procédure à six mois, il y a peu de chance qu’il fasse mieux que ses prédécesseurs. A l’heure actuelle, 10 % des « dublinés » repartent et 3 % des déboutés sont renvoyés…

Quant à la baisse des entrées en France, attendue avec la multiplication des accords bilatéraux de renvois et des conventions avec les pays tiers, c’est du très long terme. Or, en attendant, 57 % des nouveaux arrivants en Italie sont francophones…

vendredi 23 juin 2017

France: L'immigration et l'impossible renouvellement du discours politique?



Décidément la tentation du discours simpliste sur les migrants et les associations qui leur viennent en aide semble si prégnante en France, qu'elle n'épargne pas y compris un nouveau gouvernement unanimement salué pour sa capacité (affichée jusqu'ici) à appréhender les problématiques dans leur complexité sans alimenter les vieux clichés porteurs de haines et de peurs.

Grosse fatigue M. Collomb avec cette manière de faire la politique à l'ancienne, alors qu'on attend que vous ayez le courage d'agir efficacement sur un drame humain dont vous connaissez parfaitement les causes (guerres, dictatures, famines, réchauffement climatique.. ) ...et dont l'Honneur de la France est précisément d'accueillir de manière digne les réfugiés, sans pour autant nier inutilement sa part de responsabilité dans la persistance d'une immigration économique en provenance notamment de certains pays d'Afrique noire où elle a soutenu de manière indéfectible les tyrannies.

Les petites phrases blessantes et humiliantes n'y changeront rien. C'est en amont qu'il faut s'attaquer à la racine du problème. En aurez-vous le courage?
Là est toute la question.

Joel Didier Engo, Président de NOUS PAS BOUGER


Éditorial, Libération

Macron et Collomb, le double discours du Calaisis

Par Johan Hufnagel


Des migrants font la queue pour recevoir des vivres distribués par une association à Calais le 21 juin. Photo Denis Charlet. AFP

Édito
  Nous appellerons ça le virus de Calais. Il se répand depuis plus de quinze ans, place Beauvau. Le virus de Calais a commencé à frapper en 2002. L’impétueux locataire de la place Beauvau d’alors, Nicolas Sarkozy, décide, par humanité, de fermer le hangar de Sangatte, à 10 kilomètres de Calais, où les réfugiés, cherchant à fuir la guerre au Kosovo pour la plupart, s’entassent dans des conditions très difficiles. En 2009, Eric Besson se piquera à son tour d’en finir avec ce qui est devenu une «jungle» de réfugiés iraniens, soudanais… Puis ce sera au tour de Manuel Valls et de Bernard Cazeneuve de vendre aux Français et aux Calaisiens des solutions miracles et locales pour en finir au nom de l’humanité… Le nouveau ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, est donc atteint à son tour. Il promet d’en finir avec les réfugiés et de traiter le problème. Mais il faudra au moins lui reconnaître une qualité : il ne se pique pas d’humanité. Il laisse cela au chef de l’Etat. Voilà comment le virus de Calais se double d’un autre mal de l’époque : le syndrome du «en même temps», qui consiste à utiliser un double langage avec une grande intelligence. Certains médecins du siècle dernier l’avaient appelé «Triangulation».

Nous avons donc désormais en même temps un président de la République française qui appelle «à la plus grande humanité» dans la gestion des migrants parce que «c’est notre devoir» et un ministre de l’Intérieur, un très proche du chef de l’Etat, qui demande aux associations d’aide aux réfugiés d’aller se faire voir ailleurs. Entre les deux propos, on trouvera sûrement un communicant pour expliquer que les deux positions ne sont pas opposées, bien au contraire, et que mieux accueillir les personnes à bout de force ne passe pas par des camps de fortune et des conditions de vie plus que précaires. Certes, mais en attendant l'énième plan qui ne règlera sans doute rien à la situation des Calaisiens parce que les raisons qui poussent les migrants à venir dans le goulot d’étranglement pour l’Angleterre n’ont pas grand chose à voir avec la France, personne ne gère l’urgence. A part ces associations désarçonnées par un double discours.

On va finir par croire que le nouveau monde, s’il a beau avoir changé son enrobage, ne peut pas gérer deux maladies à la fois. Ou alors il commence furieusement à ressembler à l’ancien : une poudre de perlimpinpin.

Johan Hufnagel