samedi 22 juillet 2017

Macron a-t-il raison de voir dans la natalité africaine un frein au développement?



En Afrique, le seul pays atteignant encore aujourd'hui 7 enfants par femme est le Niger.
En Afrique, le seul pays atteignant encore aujourd'hui 7 enfants par femme est le Niger.
afp.com/Mujahid Safodien

Lors du G20, Emmanuel Macron a estimé qu'il était difficile de stabiliser l'Afrique quand la natalité était "encore de 7 à 8 enfants par femme". Une démographe analyse les propos du chef de l'Etat.

Les propos d'Emmanuel Macron ont choqué. Invité à s'exprimer sur le développement de l'Afrique lors du sommet du G20 à Hambourg le 8 juillet, le chef de l'Etat a estimé, entre autres: "Quand des pays ont encore aujourd'hui 7 à 8 enfants par femme, vous pouvez décider d'y dépenser des milliards d'euros, vous ne stabiliserez rien".
  

Dans son discours, Emmanuel Macron a également également cité d'autres problématiques qui touchent le continent, comme "la route des trafics, multiples, qui nécessitent des réponses en termes de sécurité" ainsi que "le terrorisme islamiste". Pour plusieurs médias étrangers, ces déclarations sont apparues racistes et démontrent "une vision colonialiste" de la France. Clémentine Rossier, démographe, professeure à l'Institut de démographie et de socioéconomie de l'Université de Genève et chercheure associée à l'Institut National d'Etudes Démographiques à Paris, analyse ces propos. 

En tant que démographe, que pensez-vous des propos d'Emmanuel Macron? 

Déjà le chiffre de 7 ou 8 enfants est faux. Selon l'ONU, entre 2010 et 2015 la fécondité en Afrique était en moyenne de 4,7 enfants par femme. En moyenne, car les situations sont très diverses. En Afrique australe, la région la plus développée du continent, on compte en moyenne 2,5 enfants par femme, en Afrique du Nord, 3,1. Le Rwanda, le Kenya ou encore l'Ethiopie ont aussi connu des baisses rapides. La fécondité de ce dernier pays est ainsi passée de 5,5 à 4,6 enfants entre 2000 et 2016. Le seul pays dépassant encore 7 enfants par femme est le Niger, une exception. 

Et y a-t-il une spécificité des colonies françaises?
  
Oui, c'est dans les pays colonisés par la France, au passé pro-nataliste, que les taux de natalité sont les plus importants aujourd'hui. En Afrique de l'Est et Australe, colonisé essentiellement par les Anglais, les programmes de planification familiale ont été plus nombreux, plus efficaces et ont doté d'importants moyens. Il est également important de noter les différences entre les populations les plus privilégiées des villes qui ont majoritairement des petites familles de 3 enfants, contrairement aux régions rurales. 

Quelles sont les projections pour les prochaines années?  

La population africaine est estimée à 1,2 milliard de personnes en 2015, soit 16% de la population mondiale. Il reste le seul continent avec une fécondité si élevée. Et selon les projections moyennes de l'ONU, il y aura 4,4 milliards d'Africains en 2100, soit 39% de la population mondiale, et cela alors même que ces projections intègrent le fait que la fécondité des femmes africaines va diminuer à deux enfants en moyenne d'ici là.  

Pourquoi la natalité moyenne baisse partout dans le monde, mais pas en Afrique? 

Les raisons sont multiples: absence de politique de planification familiale forte, une dimension culturelle et un système de valeurs qui fait que dans ces pays dont l'organisation sociale est coutumièrement basée sur le lignage, avoir une grande famille est valorisé, mais aussi car ce continent regroupe la majorité des pays pauvres du monde.
  

Globalement, c'est le développement socio-économique qui favorise la baisse de la natalité. Car l'agriculture de subsistance, que l'on trouvait dans les pays européens il y a deux siècles et que l'on retrouve aujourd'hui en Afrique, nécessite d'avoir des enfants. Ils ne coûtent pas cher, et en l'absence de services éducatifs et sanitaires, leur coût est encore moins élevé. Mais au fur et à mesure que le développement socio-économique décolle, que les structures d'éducation et de santé se mettent alors en place, les familles doivent investir dans les enfants. Or, si l'on veut investir correctement dans chacun d'eux, il faut faire moins d'enfant. 

Tous les gouvernements africains, ou presque, sont donc convaincus que maîtriser sa natalité est important. Mais évoquer la natalité en même temps que les trafics et la menace terroriste, comme le fait Emmanuel Macron, n'est pas une bonne piste. Cela laisse penser que la démographie est une dimension fondamentale et centrale du développement économique, ce qui n'est pas le cas. 

Quel rôle joue donc la démographie dans le développement de l'Afrique? 

La fécondité est l'un des facteurs, mais pas son moteur. Les études actuelles montrent que la baisse de la fécondité peut accélérer la vitesse du développement économique et social, mais ce n'est pas son unique condition. La diminution de la natalité peut jouer uniquement si des investissements dans l'éducation sont réalisés en amont, que le marché de l'emploi est florissant, que la croissance économique est en route. 

Dans certaines régions, on a assisté à ce cercle vertueux, entre éducation, emploi et baisse de la natalité. C'est le cas en Asie du Sud-Est où 30% de la croissance économique a pu être directement imputée au fait que les familles aient eu moins d'enfant, ce que l'on a appelé le Dividende démographique. Mais en Amérique latine, au contraire, la baisse de la fécondité n'a pas entraîné le même gain en termes de développement parce que les autres facteurs n'étaient pas au rendez-vous. Le cercle vertueux ne s'est pas mis en place. 

Quels sont donc les autres facteurs de ce développement? 

L'éducation, la santé, la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption, le développement de l'industrie, de l'énergie, d'une agriculture moderne, de l'emploi... Dans les régions rurales de l'Afrique, on manque encore de routes, d'électricité. Ce sont des chantiers énormes et les bases mêmes d'un développement qui restent à poser. De plus, ce développement devra être durable et lutter contre les conséquences du changement climatique.

La démographie africaine est-elle finalement une chance ou un risque? 

Justement, on ne sait pas. La croissance exponentielle de la population va-t-elle mettre en péril les modestes avancées que connaissent certains pays? Impossible à dire. Le Burkina a par exemple vu sa population passer de 6 millions en 1975 à 18 millions en 2015, et elle atteindra 30 millions en 2030. Vu les lenteurs du développement, on a du mal à imaginer comment ce pays va pouvoir trouver une activité à tous ces jeunes, d'autant que son potentiel agricole est peu élevé. 

La situation démographique future du Niger, au bord du désert, avec encore 7 enfants par femme, fait également peur. Mais c'est déjà ce que disait Malthus il y a plus de deux siècles, confronté au boom de population qui a fait suite à la baisse de la mortalité en Europe, lorsque la fécondité n'avait pas encore diminué. Et l'histoire lui a donné tort. 


Le planning familial, angle mort de l’aide au développement de la France

Malgré le discours d’un engagement en faveur des droits des femmes, Paris investit peu dans la santé maternelle et infantile des pays à forte croissance démographique.

Une patiente se fait expliquer les différents types de contraception, à l'agence de la Croix-Rouge de Pikine de Dakar, au Sénégal.
La forte croissance démographique de l’Afrique reste l’un des freins à son développement : c’est ce qu’a voulu rappeler le président français, Emmanuel Macron, en marge du sommet du G20 à Hambourg, le 8 juillet, en répondant à une question d’un journaliste ivoirien sur l’aide consentie par les pays industrialisés « pour sauver l’Afrique ». « Quand des pays ont encore sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien. » Cette affirmation a aussitôt suscité la controverse et une avalanche de réactions sur les réseaux sociaux dans lesquelles le chef de l’Etat se fait étriller pour avoir osé donner son avis sur un sujet sur lequel, selon ses détracteurs, il n’aurait pas à s’exprimer.

 
Ce plaidoyer d’Emmanuel Macron en faveur d’une démographie maîtrisée est d’autant plus surprenant que la France est loin d’être à la pointe de l’aide au développement en faveur des politiques de planning familial et de santé maternelle et infantile.

En 2015, la France a investi 1,44 % de son aide au développement dévolue à l’Afrique dans les droits sexuels et reproductifs. Si, en chiffres absolus, cela représente 47 millions de dollars (40 millions d’euros), un montant relativement élevé, c’est un pourcentage faible. Sur les vingt-cinq membres du Comité d’aide au développement de l’OCDE qui ont financé des politiques de population en Afrique, la France arrive en 16e position.

Grands premiers, les Etats-Unis dépensent 29 % de leur aide au développement à destination de l’Afrique pour les droits sexuels et reproductifs. Les leaders européens sont les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la Suède et l’Irlande, qui investissent autour de 5 %.

« On détourne toujours la conversation »

Paris n’a d’ailleurs envoyé aucun membre de son gouvernement au sommet Family Planning 2020 qui se tenait le 11 juillet à Londres. Ce partenariat mondial, lancé en 2012, a pour objectif de fournir une contraception moderne à 120 millions de femmes supplémentaires d’ici à 2020, principalement dans les pays en voie de développement, dont l’Afrique. Plusieurs ministres européens s’y sont rendus pour signifier leur soutien, moral et financier, dans l’autonomisation des femmes.
Deux fonctionnaires français étaient présents, mais ni déclaration officielle ni engagement financier n’étaient à l’ordre du jour. Et la discrétion de la France n’est pas passée inaperçue. Catherine Giboin, chargée de la santé sexuelle et reproductive pour Médecins du monde, déclare : « Ce que je trouve problématique, c’est que la stratégie de la France sur les droits et la santé sexuelle et reproductive est politiquement forte, mais l’engagement financier derrière est faible. »

Pour Neil Datta, secrétaire du Forum parlementaire européen sur la population et le développement (EPF), un réseau qui fait du plaidoyer en faveur du droit des femmes, déplore : « La France s’est plusieurs fois déclarée championne des droits des femmes, mais quelle que soit la couleur politique du gouvernement, l’aide apportée aux pays en voie de développement est très modeste. Quand j’essaie d’aborder ces questions en France, on détourne toujours la conversation sur les succès du pays, comme la lutte contre le sida et le changement climatique. » 

 
Bénédicte Jeannerod, directrice du bureau parisien de Human Rights Watch (HRW) regrette que le nouveau gouvernement n’ait pas adopté une position forte sur les droits sexuels et reproductifs. « Je ne sais pas si on peut faire un parallèle avec l’annonce de la baisse de l’aide publique au développement (APD), poursuit-elle, mais cela envoie deux mauvais signaux sur des sujets clés en peu de temps. »

En effet, lundi 10 juillet, Gérald Darmanin, ministre de l’action et des comptes publics, annonçait dans un entretien au Parisien que le budget de l’APD serait tronqué de 141 millions d’euros pour contribuer à la réduction du déficit français.
Alors que l’ONU préconise depuis les années 1970 que les pays investissent 0,7 % de leur revenu national brut dans les aides publiques au développement, la France n’était qu’à 0,38 % en 2016. Bien loin du Danemark, du Luxembourg, de la Norvège et de la Suède, qui avaient atteint et dépassé cet objectif dès les années 2000, et ont amorcé une vraie politique d’aide au développement à destination des femmes.


Cédéao: objectif de trois enfants maximum par femme d'ici 2030


Une rencontre des femmes de la CEDEAO au Niger, Niamey 18 mars, 2016, Photo Bagassi Koura.

Les parlementaires de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao, 15 pays), de la Mauritanie et du Tchad ont affirmé samedi vouloir limiter à trois le nombre d'enfants par femme afin de faire baisser de moitié, d'ici 2030, le taux de fécondité le plus élevé au monde.

Les parlementaires de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao, 15 pays), de la Mauritanie et du Tchad ont affirmé samedi vouloir limiter à trois le nombre d'enfants par femme afin de faire baisser de moitié, d'ici 2030, le taux de fécondité le plus élevé au monde.

"Les parlementaires de la Cédéao, de la Mauritanie et du Tchad ont convenu que, d'ici 2030, les parlements devaient inciter les gouvernements à mettre en place des politiques tendant à faire en sorte que chaque femme (...) ait au plus trois enfants pour maîtriser le boom démographique", a déclaré le président du Parlement burkinabè, Salifou Diallo, lors d'une rencontre régionale sur la démographie samedi à Ouagadougou.

Avec un taux de fécondité général de 5,6 enfants par femme, le plus élevé au monde, la population de l'espace Cédéao se situera, en 2050, autour d'un milliard d'habitants, dont la moitié sera constituée de jeunes, selon les Nations unies.

"Nous estimons que quand on a des taux de croissance économique des pays qui est de l'ordre de 5 à 6% avec un taux de fécondité située à 6 ou 7%, nous sommes dans une situation de démographie non maîtrisée et nous ne pouvons pas espérer de développement avec une telle situation", a martelé M. Diallo.

Selon lui, "il est urgent de contenir la poussée démographique dans l'espace Cédéao pour promouvoir un réel développement viable et durable".

Les parlementaires devraient, dans leurs Etats respectifs, adopter des stratégies afin de "faciliter un déclin rapide, volontaire, de la fécondité grâce à l'accès universel à la planification familiale, l'augmentation du niveau d'éducation des femmes et le renforcement des efforts pour améliorer la survie de l'enfant", a ajouté M. Diallo.

De son côté, le président du Parlement du Bénin, Adrien Houngbédji, a estimé que "c'est à (nous) qu'il appartient de définir l'équilibre optimal qu'il est indispensable de trouver entre la régulation des naissances et l'amélioration de la qualité de vie de la population active".

Il s'agira de faire "baisser de moitié" le taux de fécondité et d'"arrimer le taux de croissance démographique, trop fort, avec le taux de croissance économique trop modéré", a déclaré le président de la commission de la Cédéao, Marcel De Souza.

"La jeunesse représente les deux tiers de la population. Cette jeunesse, lorsqu'elle ne trouve pas de solutions, devient une bombe: elle traverse le désert ou la Méditerranée, meurt par milliers pour l'immigration clandestine", a-t-il ajouté.

Avec AFP

mercredi 12 juillet 2017

Le gouvernement fait de la réduction du délai de demande d’asile une des clés du plan migrants




Cette évolution, déjà engagée, ne résoudra pas tout. Le texte doit être présenté en conseil des ministres mercredi 12 juillet.

LE MONDE | | Par

Protéger plus rapidement ceux qui ont besoin d’un statut de réfugié ; renvoyer plus efficacement les autres. Central dans la politique d’accueil d’Emmanuel Macron, ce double objectif passe par une réduction du temps entre l’arrivée en France et la réponse finale à une demande d’asile. C’est un des points clés du plan qui devait être annoncé en conseil des ministres, mercredi 12 juillet.

Aujourd’hui, l’instruction d’un dossier dure treize mois et ressemble à un parcours du combattant. La centaine de migrants qui arrivent chaque jour en France commencent par tenter d’accéder à une plate-forme d’enregistrement. A Paris, ils dorment des semaines à même le trottoir, devant le boulevard de la Villette, pour espérer se glisser au plus vite dans les bureaux de France terre d’asile, ou à La Chapelle, autour du centre d’accueil d’où 2 800 personnes ont été évacuées vendredi 7 juillet. Ils doivent en passer par là pour obtenir un rendez-vous devant le guichet unique de demande d’asile (GUDA).

« En moyenne, on leur fixe un rendez-vous 25 jours plus tard. Mais cela varie considérablement puisque à Metz, il faut attendre 90 jours, 21 jours dans le Rhône », observe Gérard Sadik, coordinateur de l’asile au sein de l’association de défense des migrants Cimade. C’est seulement lors de ce second rendez-vous qu’un agent préfectoral prend les empreintes et qu’un représentant de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) remet une attestation de demandeur d’asile, marque de l’entrée dans le dispositif ; et rares sont ceux qui arrivent à ce point d’étape avant d’avoir dormi un mois et demi dans la rue.

Augmenter les effectifs pour accélérer la cadence

Une fois ce processus lancé, le demandeur dispose de 21 jours pour introduire son dossier à l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), laps de temps utilisé par les associations pour écrire le récit de leur vie. Puis il reçoit une convocation pour un entretien avec un officier de protection instructeur. La plupart du temps, le rendez-vous est fixé un mois et demi plus tard.

Au final, il faut compter cinq mois pour l’étape de l’Ofpra, entre l’introduction du dossier et le départ de la lettre qui informe de la réponse. S’il est refusé, l’exilé fait alors appel devant la Cour nationale du droit d’asile (CNDA), qui, à son tour, a besoin de six mois et demi pour statuer. Il s’agit là d’une procédure de droit administratif.
Ces données varient bien sûr d’un cas à un autre, mais le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, souhaite faire tenir ce déroulé en six mois en moyenne. Rien d’original, puisque c’est la suite du mouvement engagé sous le quinquennat Hollande. « Nous sommes passés de neuf mois à cinq aujourd’hui, et serons à trois en fin d’année. Avec des moyens supplémentaires et une modification logistique, on se mettra en situation d’atteindre deux mois », précise le directeur de l’Ofpra, Pascal Brice.
L’office est déjà passé de 60 000 décisions rendues en 2012 (avec, à l’époque, un stock de 30 000 dossiers à la traîne, dont 30 % avaient plus d’un an) à une capacité à traiter 110 000 dossiers à la fin de cette année (avec un stock de 10 000, dont 9 % seulement ont plus d’un an), rappelle son directeur. Pour cela, ses effectifs ont été multipliés par deux et devraient encore bénéficier de moyens nouveaux. Comme la CNDA et comme à l’étape du guichet unique « qui traite actuellement 568 dossiers quotidiens, contre 435 fin 2016 », a calculé Gérard Sadik. Mais là encore, il va falloir augmenter les effectifs des préfectures et de l’OFII pour accélérer la cadence.

Une autre approche de l’accueil à inventer

Reste que pour vraiment compresser les 45 jours avant l’Ofpra, c’est une autre approche de l’accueil qu’il faut inventer. Comme le rappelle Pierre Henry, directeur général de France terre d’asile, « on a mis beaucoup de rustines pour faire tenir le système et pensé trop longtemps le système par segments. Si on veut vraiment avancer, il faut penser globalement et offrir un premier accueil réparti sur tout le territoire ». Un sujet d’autant plus crucial que les campements de rue sont en train de se multiplier en France, empêchés par la police comme à Calais, déjà enkystés comme à Metz, ou latents comme dans la vallée de la Roya.

Sur ce point de l’hébergement, la réponse apportée par l’Etat risque d’être très insuffisante, puisque pour Gérard Collomb, accueillir dignement entraînerait un « appel d’air », comme il l’a fait comprendre aux associations travaillant à Calais.

Son annonce, vendredi 7 juillet, à ces mêmes acteurs, de créer 7 000 places d’hébergement pour les demandeurs d’asile a d’emblée été jugée insuffisante. « Officiellement, nous sommes à 83 000 places ouvertes, en additionnant tous les dispositifs qui existent. Il faut logiquement atteindre les 110 000 si on veut que tous les demandeurs 2017 soient hébergés », ajoute Gérard Sadik, qui observe que « 20 % de ces places ne sont pas occupées par des demandeurs, mais par des déboutés, des “dublinés” [selon l’accord de Dublin, un réfugié doit déposer sa demande d’asile dans le premier pays où il a été contrôlé, souvent la Grèce et l’Italie] ou des réfugiés qui n’arrivent pas à trouver un logement classique ». A ses yeux, ce sont donc « 140 000 places qui seraient nécessaires » pour éviter la rue… Un total bien loin de la promesse de Gérard Collomb.

Pour faire tenir son plan, le gouvernement table sur le renvoi de ceux qui ont laissé des empreintes ailleurs en Europe ou ont été déboutés de l’asile. Mais même avec une procédure à six mois, il y a peu de chance qu’il fasse mieux que ses prédécesseurs. A l’heure actuelle, 10 % des « dublinés » repartent et 3 % des déboutés sont renvoyés…

Quant à la baisse des entrées en France, attendue avec la multiplication des accords bilatéraux de renvois et des conventions avec les pays tiers, c’est du très long terme. Or, en attendant, 57 % des nouveaux arrivants en Italie sont francophones…

vendredi 23 juin 2017

France: L'immigration et l'impossible renouvellement du discours politique?



Décidément la tentation du discours simpliste sur les migrants et les associations qui leur viennent en aide semble si prégnante en France, qu'elle n'épargne pas y compris un nouveau gouvernement unanimement salué pour sa capacité (affichée jusqu'ici) à appréhender les problématiques dans leur complexité sans alimenter les vieux clichés porteurs de haines et de peurs.

Grosse fatigue M. Collomb avec cette manière de faire la politique à l'ancienne, alors qu'on attend que vous ayez le courage d'agir efficacement sur un drame humain dont vous connaissez parfaitement les causes (guerres, dictatures, famines, réchauffement climatique.. ) ...et dont l'Honneur de la France est précisément d'accueillir de manière digne les réfugiés, sans pour autant nier inutilement sa part de responsabilité dans la persistance d'une immigration économique en provenance notamment de certains pays d'Afrique noire où elle a soutenu de manière indéfectible les tyrannies.

Les petites phrases blessantes et humiliantes n'y changeront rien. C'est en amont qu'il faut s'attaquer à la racine du problème. En aurez-vous le courage?
Là est toute la question.

Joel Didier Engo, Président de NOUS PAS BOUGER


Éditorial, Libération

Macron et Collomb, le double discours du Calaisis

Par Johan Hufnagel


Des migrants font la queue pour recevoir des vivres distribués par une association à Calais le 21 juin. Photo Denis Charlet. AFP

Édito
  Nous appellerons ça le virus de Calais. Il se répand depuis plus de quinze ans, place Beauvau. Le virus de Calais a commencé à frapper en 2002. L’impétueux locataire de la place Beauvau d’alors, Nicolas Sarkozy, décide, par humanité, de fermer le hangar de Sangatte, à 10 kilomètres de Calais, où les réfugiés, cherchant à fuir la guerre au Kosovo pour la plupart, s’entassent dans des conditions très difficiles. En 2009, Eric Besson se piquera à son tour d’en finir avec ce qui est devenu une «jungle» de réfugiés iraniens, soudanais… Puis ce sera au tour de Manuel Valls et de Bernard Cazeneuve de vendre aux Français et aux Calaisiens des solutions miracles et locales pour en finir au nom de l’humanité… Le nouveau ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, est donc atteint à son tour. Il promet d’en finir avec les réfugiés et de traiter le problème. Mais il faudra au moins lui reconnaître une qualité : il ne se pique pas d’humanité. Il laisse cela au chef de l’Etat. Voilà comment le virus de Calais se double d’un autre mal de l’époque : le syndrome du «en même temps», qui consiste à utiliser un double langage avec une grande intelligence. Certains médecins du siècle dernier l’avaient appelé «Triangulation».

Nous avons donc désormais en même temps un président de la République française qui appelle «à la plus grande humanité» dans la gestion des migrants parce que «c’est notre devoir» et un ministre de l’Intérieur, un très proche du chef de l’Etat, qui demande aux associations d’aide aux réfugiés d’aller se faire voir ailleurs. Entre les deux propos, on trouvera sûrement un communicant pour expliquer que les deux positions ne sont pas opposées, bien au contraire, et que mieux accueillir les personnes à bout de force ne passe pas par des camps de fortune et des conditions de vie plus que précaires. Certes, mais en attendant l'énième plan qui ne règlera sans doute rien à la situation des Calaisiens parce que les raisons qui poussent les migrants à venir dans le goulot d’étranglement pour l’Angleterre n’ont pas grand chose à voir avec la France, personne ne gère l’urgence. A part ces associations désarçonnées par un double discours.

On va finir par croire que le nouveau monde, s’il a beau avoir changé son enrobage, ne peut pas gérer deux maladies à la fois. Ou alors il commence furieusement à ressembler à l’ancien : une poudre de perlimpinpin.

Johan Hufnagel

mardi 20 juin 2017

Journée internationale des réfugiés. Sept questions sur les réfugiés: qui ils sont, d’où ils viennent, où ils vont



Des réfugiés sont expulsés de l'aéroport abandonné d'Hellenikon, près d'Athènes, en Grèce, le 2 juin 2017. La Grèce est devenue une des principales portes d'entrée en Europe pour les personnes qui fuient les conflits au Moyen-Orient.


© Reuters/Costas Baltas
 

Chaque année, le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) des Nations unies publie des chiffres sur la situation des réfugiés et des migrants dans le monde. Si ces deux populations sont souvent confondues, il existe pourtant des différences légales entre l’une et l’autre. Au total, les réfugiés représentent 22,5 millions de personnes, soit moins de 1% de la population mondiale. Ils sont de plus en plus nombreux, et viennent majoritairement du Moyen-Orient, mais aussi d’Afrique. Evolution notable par rapport à 2016 : le Soudan du Sud est devenu le troisième pays le plus fui par des populations.

► Qu’est-ce qu’un réfugié ?

Le HCR définit les réfugiés comme « [des] personne[s] qui fui[en]t des conflits armés ou la persécution […] On les identifie précisément, car il est dangereux pour eux de retourner dans leur pays et qu’ils ont besoin d’un refuge ailleurs. Ne pas accorder l’asile à ces personnes aurait potentiellement des conséquences mortelles. » Le statut des réfugiés est encadré par le droit international (Convention de Genève de 1951 notamment), et tout un ensemble d’autres dispositions législatives selon lesquelles un réfugié ne peut être renvoyé dans un pays où sa vie et sa liberté seraient menacées.

Avant d’obtenir le statut de réfugié, l’individu est d’abord demandeur d’asile, et doit prouver qu’il est persécuté ou risquerait de l’être à titre individuel. « Cette notion d’individualisation est importante, explique l’universitaire Catherine Withol de Wenden au CNRS (Centre national de la recherche scientifique), car chaque demandeur d’asile doit apporter la preuve qu’il est directement menacé. En clair, il ne suffit pas de venir d’une zone de guerre pour se voir attribuer automatiquement le statut de réfugié. »

Tous les réfugiés sont des migrants, mais tous les migrants ne sont pas des réfugiés : les migrants sont définis par l’ONU comme des personnes nées dans un pays et vivant dans un autre pour une durée supérieure à un an. Les migrants peuvent choisir de quitter leur pays, que ce soit pour échapper à la mort, ou simplement pour améliorer leurs conditions de vie (on parle alors de migration économique), ou pour étudier à l’étranger par exemple.

► Combien sont-ils
Selon le HCR, les réfugiés seraient 22,5 millions à travers le monde fin 2016, contre 21,3 un an auparavant. Un quart d’entre eux (5,3 millions) sont Palestiniens et dépendent d’une branche spéciale du HCR, l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (l’UNRWA en anglais).

Au total, les réfugiés représentent 0,3% de la population mondiale. La moitié d’entre eux aurait moins de 18 ans, un tiers d’entre eux seraient des enfants. Si l’on considère l’ensemble des déplacés, c’est-à-dire tous ceux qui ont fui des conflits ou des persécutions pour s’installer ailleurs dans leur propre pays ou à l’étranger, on arrive à un total supérieur à 65 millions, soit près de 1% de la population mondiale. Chaque minute, 20 personnes seraient contraintes de fuir leurs foyers.

► D’où viennent-ils ?

Pour la plupart, les réfugiés sont originaires des pays du Proche et du Moyen-Orient. Hormis la situation particulière des Palestiniens, les pays d’où partent le plus grand nombre de réfugiés sont la Syrie (5 millions) et l’Afghanistan (2,7 millions). Les conflits qui ravagent ces deux pays poussent les populations à l’exode, que ce soit dans les pays de la région ou vers d’autres zones du monde, comme l’Europe. En 2016, la moitié des Syriens vivaient déplacés, soit à l’intérieur des frontières du pays, soit à l’étranger, notamment dans les pays limitrophes.

Le Soudan du Sud arrive en troisième place de ce sombre classement, devançant la Somalie qui l’occupait en 2015. Près d’un million et demi de personnes ont fui le Soudan du Sud l’année dernière. Le HCR écrit dans son rapport qu’il s’agit de la population réfugiée qui a connu la plus forte augmentation (+64% pendant la seconde moitié de 2016), et qu’elle se compose majoritairement d’enfants.

Au total, 55% des réfugiés dans le monde viennent de ces trois pays.

Pays qui d'ù viennent le plus de réfugiés : en bleu clair le nombre de réfugiés ayant quitté le pays en 2015, en bleu foncé les chiffres fin 2016. © Rapport 2017 du HCR
► Où sont-ils ?

Plus de 8 réfugiés sur 10 sont installés dans des pays en développement. Les pays qui accueillent le plus de réfugiés sont logiquement situés au Proche et au Moyen-Orient : 2,9 millions sont installés en Turquie, 1,4 million au Pakistan, et un million au Liban. Proportionnellement à sa population, ce dernier pays accueille le plus grand nombre de réfugiés, puisqu’ils représentent environ un sixième de l’ensemble des personnes vivant sur le territoire.

En 2015, l’Union européenne avait adopté un plan de relocalisation de 160 000 demandeurs d’asile. La démarche est lente, puisque actuellement, seules 21 000 personnes arrivées en Italie et en Grèce ont été réparties dans les pays membres. La faute notamment à un manque de volonté politique des gouvernements nationaux : la Commission européenne a d’ailleurs annoncé mercredi 14 juin 2017 qu’elle allait entreprendre des procédures légales contre la Hongrie, la Pologne, et la République tchèque. L’Allemagne est le pays du monde qui reçoit le plus de demandes d’asile : 1,3 million à la fin de l’année 2016, pour une population totale de 81,41 millions.

S’ils ne sont pas considérés comme des réfugiés, on remarque toutefois que le pays qui compte le plus grand nombre de déplacés sur son propre sol est la Colombie : plus de 7 millions de personnes ont fui le conflit avec les Forces armées révolutionnaires (FARC).

Pays qui accueillent le plus de réfugiés : en bleu clair le nombre de réfugiés accueilis fin 2015, en bleu foncé les chiffres fin 2016. © Rapport 2017 du HCR
► Par où passent-ils ?

Par définition, un réfugié a dû traverser une frontière. Le plus souvent, ce passage s’effectue illégalement, ou du moins hors de tout contrôle policier, avec l’appui de passeurs qui monnaient leurs services. Certaines traversées sont plus périlleuses que d’autres : dans le Sahel, il n’est pas rare de retrouver des convois de réfugiés décédés, car perdus alors qu’ils tentaient de gagner les côtes de la Méditerranée depuis l’Afrique de l’Ouest ou l’Afrique centrale.

La Méditerranée est la route migratoire la plus empruntée. Depuis le début de l’année 2016, plus de 10 000 personnes ont perdu la vie en tentant la traversée dans des embarcations de fortune, notamment depuis les côtes libyennes vers l’Italie ou depuis la Grèce vers la Turquie.

► Où sont les plus grands camps de réfugiés ?

Au moins 4,4 millions de personnes vivent dans des camps de réfugiés selon le HCR, qui explique dans son rapport n’avoir pu collecter de données que pour les ¾ de la population réfugiée. Ces camps, souvent construits illégalement, sont gérés par des associations ou des organisations internationales, et plus ou moins encadrés par les pouvoirs publics, qui cherchent souvent à les fermer.

C’est par exemple le cas à Calais, dont la « jungle » a été détruite en 2016, ou à Dadaab au Kenya. Dadaab a été pendant plusieurs années le plus grand camp de réfugiés au monde. Il a accueilli jusqu’à un demi-million de personnes, notamment venues de la Somalie toute proche. C’est pour un motif sécuritaire que les autorités kényanes souhaitent fermer ce camp depuis plusieurs années : elles reprochent aux jihadistes shebabs de se cacher dans le camp.

La plupart des camps ne sont pas construits pour durer, mais devant l’absence de solutions, le court-terme devient permanent. Ainsi, depuis la guerre israélo-arabe de la fin des années 1940, des millions de Palestiniens sont parqués dans une cinquantaine de camps, que ce soit dans les Territoires palestiniens, en Syrie, au Liban ou en Jordanie.

► Qui les aide ?

La plupart des pays développés disposent de services ou d’administrations spécialisés pour les réfugiés : c’est par exemple le cas de l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) en France.

Au niveau international, le Haut Commissariat aux réfugiés est un office spécialisé de l’ONU. Doté d’un budget de plus de 6 milliards d’euros, financé à 90% par les dons des Etats ou de l’Union européenne, le HCR emploie plus de 10 000 personnes dans le monde.

Une part importante du travail d’aide aux migrants est cependant prise en charge par les organisations non-gouvernementales ou les associations. Qu’elles soient locales ou internationales, elles cherchent à faire pression sur les gouvernements et les pouvoirs publics en mobilisant le plus grand nombre de citoyens, via des pétitions, des hashtags, et bien sûr actions sur le terrain.

Certaines se spécialisent dans l’accueil, l’assistance et l’intégration des réfugiés, comme le BAAM à Paris, ou le réseau de La Cimade dans toute la France. D’autres vont au contraire soutenir les migrants sur le terrain, comme la Croix-Rouge qui se déplace dans les camps de réfugiés, ou SOS Méditerranée et Proactiva Open Arms, qui interviennent en Méditerranée pour secourir les bateaux en difficulté.

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samedi 17 juin 2017

"M. le Président, faites cesser ces violences envers les migrants !"


[LETTRE OUVERTE] Points d’eau supprimés, distributions alimentaires entravées par les forces de l’ordre, violences physiques : les témoignages, rapports et reportages font état ces derniers jours d’actes de maltraitance inhumains insupportables envers les 600 exilés à Calais. Dans cette lettre adressée au président de la République, Emmanuel Macron, plusieurs personnalités demandent à ce que ces violences cessent.

M. le président de la République,

Depuis plusieurs années maintenant, des milliers de migrants transitent chez nous, à Calais, en espérant atteindre la Grande-Bretagne. Ils aspirent à une vie meilleure. Ils ont fui leur pays, leurs proches, leurs familles, ont parcouru des milliers de kilomètres, ont échappé au pire : la faim, la soif, la répression, l’esclavage, la mort. Ils espèrent et attendent sur notre territoire dans des conditions qui ne nous honorent pas. Ces conditions nous font honte. C’est pourquoi M. le Président, nous, associations, ONG, chercheurs, journalistes, écrivains, avocats, artistes, comédiens, réalisateurs, élus, policiers, enseignants, décidons de vous interpeller.

Depuis le démantèlement du camp de Calais fin octobre 2016, les associations et organisations non gouvernementales dénombrent 600 migrants sur place. Celles-ci se battent pour leur assurer ce qu’il y a de plus élémentaire : de l’eau et de la nourriture. Mais voilà deux semaines que les autorités rendent cette tâche difficile. Qu’une “sorte de traque” est organisée pour reprendre les propos du Défenseur des droits dont les collaborateurs se sont rendus sur place. Nous avons lu que des officiers de police interdisent à des migrants de se rendre à une distribution de vivres. Nous avons aussi pris connaissance de ces témoignages de bénévoles, rapportés par plusieurs journalistes, qui racontent comment les CRS les ont empêchés de donner à boire à des exilés dont des enfants. Nous avons appris que tous les points d’eau ont été supprimés, que les exilés dorment à même le sol. Nous avons aussi lu ces récits de migrants qui racontent qu’on les frappe, qu’on les gaze. Qui donne ces ordres ? Est-ce donc cela, selon vous, une police qui protège et qui sert ? Les forces de l’ordre ne méritent-elles pas mieux que d’assoiffer des femmes, des hommes, des enfants déjà exténués par leurs conditions de survie ? Est-ce faire honneur aux policiers que de les assigner à des tâches si inhumaines?

Vous le savez, ces faits sont constitutifs d’une “atteinte aux droits fondamentaux d’une exceptionnelle et inédite gravité”. La justice a été saisie, et nous avons bon espoir qu’au moins, les pressions sur les associations cessent afin qu’elles puissent faire leur travail correctement, afin qu’elles puissent assurer le minimum. Mais vous avez le pouvoir d’agir afin que ces pressions cessent dans l’heure. Et vous avez un pouvoir plus grand encore, celui de mettre en place une politique migratoire digne comme le demandent plus de 200 organisations.

Il y aurait, lit-on, une volonté des pouvoirs publics de ne plus voir de migrants à Calais. Mais il y a une volonté plus grande encore : celle qu’ont ces migrants de vouloir construire une vie meilleure pour eux et leurs familles. Aucun gouvernement ne parviendra jamais, et par quelque mesure que ce soit, à empêcher un individu que la mort, la faim ou la répression poursuit d’aller vers là où la vie est plus douce.
Alors nous vous proposons de faire vôtre une autre volonté : celle de ne plus voir, sur notre territoire, d’individus, quels qu’ils soient et d’où qu’ils viennent, victimes de violences et de traitements inhumains et dégradants exercés par l’État. Cela commence par mettre fin à ce qui se passe à Calais. C’est une question d’humanité. Nous ne vous demandons pourtant pas d’être généreux ; il n’est pas question de sacrifier la raison au coeur ; il s’agit seulement, au lieu de mener une politique inutile, et inutilement violente, de respecter les droits humains.


Signataires :

La rédaction du Bondy BlogYannick Jadot, député européen – Omar Sy, acteur – Association Auberge des migrants – Assa Traoré, comité Adama – Hélène Sy, présidente de l’association Cékedubonheur – Camille Louis, philosophe, dramaturge – Jean-Luc Mélenchon, député européen – Sud Intérieur-Union syndicale solidaires, syndicat de police – Marie-Françoise Colombani, journaliste – Florence Thune, directrice générale de Sidaction  – La Caution, artistes – Malik Salemkour, président de la LDH – Laurence De Cock, historienne – Raphaël Kempf, avocat – Françoise Sivignon, présidente de Médecins du Monde France – Mathilde Larrère, historienne – Coordination nationale “Pas sans nous” – Syndicat de la magistrature – Alain Gresh, journaliste – Marwan Mohammed, sociologue au CNRS – Aïssata Seck, maire-adjointe de Bondy – Nordine Nabili, journaliste, enseignant – Eric Fassin, sociologue – Christine and the Queens, artiste – Geoffroy de Lagasnerie, philosophe, sociologue – Laurent Cantet, réalisateur  – Océanerosemarie, comédienne – Nadia Lamarkbi, formatrice, coach professionnelle – Christophe Ruggia, réalisateur – Véronique Decker, directrice d’école – Nadia Leila Aissaoui, sociologue, féministe – Céline Sciamma, réalisatrice, scénariste, co-présidente de la Société des Réalisateurs de Films – Etienne Tassin, philosophe – Marwan Muhammad, directeur du Ccif – Marie-Laure Basilien, professeur des Universités en droit public, membre de l’Institut universitaire de France – Ziad Majed, politiste, professeur universitaire – Edouard Louis, écrivain – Médine, artiste – Didier Eribon, philosophe – Alice Diop, réalisatrice – Magyd Cherfi, chanteur, écrivain – Laurent Chalumeau, auteur de polars – Mohamed Hamidi, réalisateur – Robin Campillo, réalisateur – Yasmine Bouagga, sociologue – Alain Mikowski, avocat – Rokhaya Diallo, journaliste – Pascale Ferran, réalisatrice – Association Itinérance CherbourgRaphäl Yem, animateur TV, fondateur de Fumigène magazine – Akram Belkaïd, journaliste, écrivain – Pouria Amirshahi, député, fondateur du “Mouvement Commun” – Nora Hamadi, journaliste – Raphaël Glucksmann, essayiste – Faïza Guène, écrivain – Julien Salingue, docteur en science politique –  Madjid Messaoudene, conseiller municipal délégué, Saint-Denis – Pierre-Emmanuel Barré, humoriste – Lauren Bastide, journaliste – Abou Diaby, footballeur professionnel – Mouloud Achour, journaliste – Malik Bentalha, humoriste et comédien – Benjamin Stora, historien – Latifa Ibn Ziaten, présidente et fondatrice de l’association Imad Ibn Ziaten pour la Jeunesse et la Paix – Amelle Chahbi, comédienne

jeudi 8 juin 2017

Jeune, éduqué, vulnérable… portrait-robot du migrant au Niger




Source: Les Décodeurs, Venons-En Aux Faits

Jeune, éduqué, vulnérable… portrait-robot du migrant au Niger

Les données recueillies par les camps de transit au Niger, qui veulent promouvoir des « alternatives à la migration », permettent de mieux cerner le profil des migrants.

LE MONDE |

Après le verrouillage de la route migratoire des Balkans, les Européens veulent s’atteler au casse-tête de l’axe de la Méditerranée centrale. Parmi les propositions mises sur la table par la Commission européenne, des centres de « transit » chargés de retenir les migrants avant qu’ils n’entament la traversée vers l’Europe.

Une solution qu’on retrouvait dans le programme d’Emmanuel Macron :
« Nous développerons des actions et des projets dans les principaux pays de départ et de transit des migrants, de manière complémentaire et additionnelle à notre aide au développement, en appuyant également l’installation de points de contrôle dans ces pays avant l’arrivée dans l’UE, l’aide à la lutte contre les passeurs et le retour des migrants non autorisés à entrer dans l’UE. »
Les cinq premiers ont été ouverts en 2015, sous l’égide de l’Union européenne et de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), au Niger, l’un des grands points de passage de l’Afrique vers l’Europe, via la Libye notamment.

Limiter l’immigration économique

Concrètement, il s’agit de centres ouverts (les migrants n’y sont pas détenus et peuvent en partir dès qu’ils le souhaitent) offrant abri, nourriture et assistance médicale, mais aussi de l’aide pour revenir dans leur pays d’origine et des formations pour trouver un travail et sortir ainsi de la problématique de l’immigration économique.

C’est en tout cas l’ambition des Européens… car, en réalité, comme le laisse apparaître le dernier bilan de l’OIM publié sur son site en juin, seules quelques centaines de personnes ont bénéficié de formations (600 en 2016 environ) sur les plus de 9 000 migrants de pays tiers accueillis dans les cinq centres de l’OIM au Niger depuis 2015.

Par ailleurs, les personnes qui sont acceptées dans ces centres sont obligatoirement des candidats au retour ; les centres ne voient donc pas passer l’essentiel des mouvements migratoires. Plus de 40 000 personnes, sur le seul premier trimestre 2017, ont tenté la traversée depuis l’Afrique jusqu’aux rives européennes. L’Union européenne elle-même compte près de 9 millions de migrants africains, selon l’agence européenne de surveillance des frontières, Frontex.

Des migrants éduqués et jeunes

Reste que les informations glanées sur les migrants dans le cadre de l’action de l’OIM permettent de brosser à grands traits le portrait d’une partie des migrants africains. Le Sénégal, la Gambie et la Guinée-Conakry constituent plus de la moitié des pays d’origine des migrants accueillis dans les centres nigériens.

Les pays d’Afrique de l’Ouest sont d’autant plus représentés dans les statistiques que le Niger se trouve sur la route dite, dans le vocabulaire de Frontex, « de l’Ouest méditerranéen ». Cette immigration, contrairement à d’autres pays africains, est essentiellement économique, comme en témoignent les intentions des migrants « profilés » par l’OIM.

Les motifs économiques sont les plus largement avancés par les migrants qui transitent au Niger

Mariage, insécurité, discrimination et persécution ne sont cités que de façon marginale dans les réponses aux questionnaires des centres d'information sur l'immigration de l'OIM.
73 23 3 1 recherche de travailfuir la pauvretéoffre/promesse de travailautres
recherche de travail
Part du total: 73%
Source : Organisation internationale pour les migrations (OIM)
Sur la totalité des migrants que voient passer les centres nigériens, 92 % sont des hommes et 8 % des femmes. Dont 86 % d’hommes entre 18 et 59 ans ; dans la même tranche d’âge, les femmes représentent 5 % du total. Entre 6 et 17 ans, les filles ne représentent que 2 % des effectifs de migrants contre 4 % de garçons.

10 % des migrants ont atteint le supérieur
Comme l’indiquaient déjà d’autres statistiques, les migrants sont éduqués : près de la moitié des migrants ont un niveau d’éducation du secondaire (47 %) et 10 % ont atteint le supérieur ; seuls 23 % n’ont fait aucune étude, 20 % se sont arrêtés au primaire.

Certes, « le taux de diplômés du supérieur est bien moindre sur le continent africain qu’en France », mais « pour quitter l’Afrique, il faut désormais bénéficier d’un certain niveau de capital économique, social et intellectuel », expliquait ainsi Mathieu Ichou, chercheur à l’Institut national d’études démographiques (INED) dans le dernier numéro de Population et Sociétés.

Ce sont d’ailleurs le plus souvent sur des fonds propres que les migrants financent leur voyage, un budget qui peut atteindre 10 000 euros.

La majorité des migrants transitant par les centres nigériens finance son voyage sur des fonds propres

1 10 100 0.1 1000 fonds propresemprunt à la famille et amisvoyage payé par un tiersvente de biensemprunt à la banque
Source : Organisation internationale pour les migrations (OIM)

Vols et violences sur la route des migrants

Si le commerce est le premier métier indiqué par les migrants avant leur départ (28 % des cas), ils sont nombreux (22 %) à affirmer avoir travaillé dans le bâtiment pour survivre et gagner un peu d’argent durant leur voyage. Mais la majorité des migrants est sans emploi.

Une grande majorité de migrants se retrouve sans emploi pendant le trajet ou travaille pour le bâtiment

0 20 40 60 80 avant le départpendant la migrationsans emploiBTP/manoeuvrecommerces diverstransports et mécanique (taxi,chauffeur, garagiste...)agricolerestaurationartistesservices
Source: Organisation internationale pour les migrations (OIM)
60 % ont subi au moins un incident pendant leur trajet
En dépit de l’investissement considérable consenti par les migrants, ces derniers sont particulièrement vulnérables pendant leur trajet. 60 % des personnes interrogées dans les camps de transit disent avoir subi au moins un incident pendant leur trajet : menaces (31 % des incidents), vol (40 %), violence physique (20 %).

Certains ont affirmé s’être vus privés de leur salaire, de liberté de mouvement, de leurs documents, de nourriture ou d’eau. Ils sont très peu nombreux à reconnaître avoir été sujets aux violences sexuelles et à la prostitution, « des sujets de nature très sensibles qui ne sont pas rapportés facilement par les victimes », note l’OIM.

Parmi les raisons de retour au pays, l’insécurité est devenue de très loin la première réponse (72 %, contre 24 % lors de la précédente enquête), mais aussi le refoulement (15 %) et le manque de travail (11 %). Une des explications au refoulement tient à l’absence de papiers d’identité : 66 % des migrants qui arrivent au centre n’ont pas de papiers d’identification, qu’ils aient été perdus ou confisqués… ou jamais obtenus.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/06/07/jeune-eduque-vulnerable-portrait-robot-du-migrant-au-niger_5140176_4355770.html#yMWERtFMfUSm2RGM.99